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Revue de presse Article : La revanche des cancres

                       

Voilà un article paru dans L'Express n° 2845 du 12/01/06

 

 

La revanche des cancres  par Natacha Czerwinski

 

 

Leurs résultats scolaires étaient désastreux, et pourtant, à un moment, ils ou elles ont décollé. Les parcours de ces résilients sont riches d'enseignements.

 

Chaque matin, la même tentation: passer devant l'école sans s'arrêter et continuer tout droit, disons jusqu'à la mer. Tout plutôt qu'arpenter les longs couloirs et inhaler les odeurs mêlées de craie et de cuisine. Le cœur serré, Fabienne se force pourtant à entrer dans le bâtiment, plaquant ses mains contre ses oreilles pour ne pas entendre la sonnerie qui scande les heures. Mais, une fois en classe, elle jubile. Fabienne est prof de français dans un établissement breton. L'endroit même où, des années plus tôt, humiliée par une enseignante dont elle était devenue le souffre-douleur, elle a sombré.



 

 

 

 

"Elève laborieuse", disait-on. Elle était destinée à un BEP couture - elle vient de publier un roman. Elle était donnée perdante à 10 contre 1 - elle pointe aujourd'hui à bac + 8, à moins que ce ne soit à bac + 9, elle ne sait plus bien, désolée. "On dit que l'assassin revient sur les lieux du crime… La victime aussi, affirme cette petite brune pétillante. J'enseigne par revanche, pour cicatriser mes plaies. Je veux montrer que cette école qui m'a fait du mal peut aussi faire du bien."

 

Ex-cancre, Fabienne fait partie des rescapés miraculeux du système d'élimination scolaire, ces décrocheurs qui se sont rattrapés aux branches. Elèves multi-redoublants, rétrogradés ou orientés vers des filières courtes, ils ont malgré tout fini par obtenir un diplôme d'enseignement supérieur, en misant sur leurs ressources personnelles, mais aussi sur les passerelles offertes par l'institution. Et ils en sont très fiers. Certes, ils ne sont pas nombreux, ces revanchards. En 2003, on dénombrait 3 cas pour 1 000 élèves. "Mais ce n'est pas parce qu'il s'agit de quantités négligeables qu'il faut les négliger", estime Bertrand Bergier, professeur de sociologie à l'Université catholique de l'Ouest, qui a cosigné un livre sur ce sujet (La Revanche scolaire, Erès). "Leurs parcours sont touchants et intéressants: on découvre que le système est aussi capable de tourner le dos à la méritocratie pour s'attarder sur ces élèves malmenés." Dans un contexte social où le diplôme est la norme absolue, le passeport pour le bonheur, l'école sait tout à la fois détruire et reconstruire, créer la relégation et offrir les conditions de la réussite.

 

A bien y réfléchir, Pascal Morvan a le sentiment d'être une "erreur statistique". Mauvais élève au collège, il passait ses mercredis après-midi en colle. Orienté en BEP, il a poursuivi en bac pro avant d'entrer à l'université et d'obtenir un DEA en histoire du droit. Il achève actuellement sa thèse d'histoire et de théorie constitutionnelles à l'université Rennes I. "Je me complaisais dans l'image lamentable qu'on me donnait de moi, analyse-t-il. Quand je suis arrivé à la fac, dans un milieu tout neuf, j'ai bénéficié d'une virginité scolaire. Ça a été un nouveau départ." Il a cessé de se laisser porter, a pris en main son avenir, fait sa "révolution intérieure". Aujourd'hui, à ses élèves qui se désespèrent devant leur CV tortueux, il prouve que la partie n'est jamais tout à fait terminée.

 

"Ces enfants sont parvenus à traverser ce parcours en restant centrés sur eux-mêmes, explique la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, qui publiera en mars Qu'est-ce qui l'empêche de réussir? (Odile Jacob). Le facteur essentiel de réussite, c'est l'estime de soi." L'expérience de la "bonne note" qui fait basculer de l'autre côté, Yvon Corvez l'a attendue longtemps. Affichant une moyenne générale proche de zéro en sixième, il a été rétrogradé en CM 2. "Les profs considéraient qu'il n'y avait pas grand-chose à faire de moi." Dirigé vers un CAP de chaudronnerie, il se réveille au troisième trimestre de la deuxième année. "Je n'avais pas envie de subir une autre relégation, raconte-t-il. Je me suis mis à bosser et je suis presque passé de la dernière à la première place. Le regard des enseignants a changé du tout au tout. Certains ont même dit à mes parents: ‘‘On savait bien qu'il allait réussir.''" Il cumule maintenant une maîtrise de physique et un diplôme d'ingénieur en informatique.

 

Tous ces "résilients scolaires" ont en commun de s'être dressés contre une expérience vexante, des remarques blessantes. Un tempérament de survivant forgé par les brimades. Yvon Corvez s'est entendu dire qu'avec son sourire il n'irait pas bien loin. A Stéphane Gratton - deux redoublements, BEP, diplôme d'architecte - on a assuré qu'il ne se passerait sûrement rien de fameux dans sa vie. Ils ont tous serré les poings en songeant: "Vous allez voir ce que vous allez voir". La sociologue Marie Duru-Bellat le souligne: "L'engrenage se met en place très tôt. L'école est une entreprise de classement. Dès le primaire, les élèves ont des étiquettes." Difficile toutefois de jeter la pierre à des enseignants désemparés devant l'échec, mal préparés à prendre en charge des élèves qui ne suivent pas le rythme. "Les profs ne comprennent pas eux-mêmes pourquoi leurs "mômes" ne comprennent pas, souligne Daniel Calin, formateur à l'IUFM de Paris. Ils renvoient aux élèves leur propre incompréhension, c'est assez pervers."

 

Pourtant, il ne faut souvent pas grand-chose pour renverser la vapeur. Un conseil, un encouragement, une rencontre. Une "complicité de l'intérieur", précise Bertrand Bergier. En troisième, Nicolas Madiot n'était pas assez mûr pour décider de son avenir. On lui a dit BEP, il a dit OK. Et pris le chemin qu'on avait tracé pour lui. Mais le choc est, alors, violent. Comme un coup d'épaule qui l'envoie valser loin des copains restés dans la filière noble. "Ma prof de français m'a donné les clefs pour sortir de cette filière, se souvient-il. Elle m'a aidé à travailler les œuvres qui n'étaient pas au programme afin d'intégrer une première d'adaptation." BEP avec mention, CAP avec mention, fac de sociologie, DESS en sciences de l'éducation: la voie royale n'était pas très loin. Aujourd'hui, lui aussi est revenu au cœur de la machine: membre de la Mission générale d'insertion du ministère de l'Education nationale, il se charge d'offrir une seconde chance aux élèves abîmés. Evidemment.

 

 

 




Posté le Mardi 31 janvier 2006 @ 08:46:49 par adminv

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Loulou
319      

Loulou
  Posté : 31-01-2006 09:38

Un souffle d'Espoir pour nos petits dys!!! Allez, courage... et bonne chance pour tomber sur les bonnes personnes permettant de décoller.

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cricri
2282       

cricri
  Posté : 31-01-2006 14:00

oui, c'est de l'espoir en boite, à garder sous le coude pour les moments de desespoir... mais quand même, j'en ai marre qu'on doive encore en passer par l'exception pour faire admettre des reelles possibilités. Tous ces talents, tous ces gamins malmenés, méprisés, mis sur voie de garage tres tot, trop vite...quel gachis...le pire c'est qu'on a pas ouvert davantage les esprits en France, si les troubles de l'apprentissage commencent à etre admis, la confusion entre les genres est reelle et le manque d'infos ou la retention d'infos tres forte.

Alors reste à prendre appui sur des cheminements positifs comme celui là, d'ignorer la betise et la cruauté de certains...guider ses enfants et haper les bulles d'oxygene qui s'offrent à eux...et ma foi, la fierté au bout :)

et merci Loulou !


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